Heureux comme Lazzaro (Lazzaro felice)

aff-lazzarodu 26 au 29 janvier 2018
Date de sortie 7 novembre 2018 (2h 07min)
De Alice Rohrwacher
Avec Adriano Tardiolo, Alba Rohrwacher, Agnese Graziani
Genre Drame
Nationalités italien, français, suisse, allemand

Synopsis : Lazzaro, un jeune paysan d’une bonté exceptionnelle vit à l’Inviolata, un hameau resté à l’écart du monde sur lequel règne la marquise Alfonsina de Luna. La vie des paysans est inchangée depuis toujours, ils sont exploités, et à leur tour, ils abusent de la bonté de Lazzaro. Un été, il se lie d’amitié avec Tancredi, le fils de la marquise.  Une amitié si précieuse qu’elle lui fera traverser le temps et mènera Lazzaro au monde moderne.

Critique Telerama : S’étonner du monde, dire oui à tout et faire de cette adhésion une grande vertu, tel est le pari ô combien audacieux, paradoxalement anticonformiste, de ce Lazzaro Felice. Lazzaro est un garçon heureux, habité par une bonté exceptionnelle. Il est pourtant maltraité, exploité, mais rien n’y fait : la violence jamais ne l’anime. Il vit dans l’effervence permanente d’une immense famille à la généalogie confuse, qui habite la ferme d’un hameau reculé. On repense alors aux Merveilles qui se déroulait lui aussi au fin fond de la campagne italienne. Mais les paysans de ce nouveau film vivent bien plus chichement, sans se plaindre pour autant. Leurs vêtements, leurs gestes, la terre et la poussière, les animaux qui les entourent, la terre et ce qu’ils mangent, semblent de toute éternité, semblent seulement. Ils cultivent de hautes feuilles de tabac, pour le compte d’une Marquise extravagante, reine du tabac, qui se rend chaque été dans sa grande propriété, au baroquisme étrange, non loin de la ferme. Sommes-nous dans la vraie vie ? Et si oui, à quelle époque ? En vérité, il s’agit d’un conte mais où tout est concret, brut, tactile. Un monde rude mais joyeux, où Lazzaro se lie d’amitié avec le fils de la marquise, un énergumène joueur et provocateur qui abuse lui aussi de sa bonté. Tout en partageant avec lui une singulière complicité.

Farce et allégorie : Le film bascule exactement au mitan. Lazzaro tombe d’une falaise au moment même où les carabiniers encerclent la ferme. Alors tout s’éclaircit à l’aune de ce qui s’avère un fait divers. La Marquise exploitait en toute illégalité les fermiers, les traitant comme des serfs, sans les payer. Un autre film débute alors, encore plus étonnant. Après un saut dans le temps de plusieurs années, on retrouve les paysans vieillis, encore plus pauvres, réduits à survivre dans un gourbi près d’une voie de chemin de fer, à la périphérie d’une grande ville. Entretemps, celui qu’on croyait mort, Lazzaro, revient à la vie et retrouve ses proches. Lui n’a pas changé. Visage sans ride, portant le même polo écru, il est resté ce simple d’esprit, cet idiot, ce saint laïc, c’est selon. Dans cette deuxième partie, dominée par la grisaille et la saleté, la réalisatrice mêle des éléments de farce et d’allégorie, en retrouvant parfois l’imaginaire qui a fait l’âge d’or du cinéma italien, celui de Fellini ou de Pasolini. Ces traces anciennes s’expliquent surtout par le caractère foncièrement intemporel du cinéma d’Alice Rohrwacher, étranger à la mode, presque anachronique.  Il ne faudrait pas se méprendre : la réalisatrice n’est pas nostalgique d’une civilisation paysanne disparue et contre le progrès. Elle pointe surtout le manque de sens et d’harmonie du monde actuel, et marque son attachement à des éléments, source de poésie. Elle célèbre ainsi le loup et les plantes comestibles qui poussent près du ballast. Ou bien l’orgue, à travers cette séquence fugace où Lazzaro entre dans une église et en ressort, transportant au-dessus de lui, dans l’air, la musique qu’il vient d’entendre.

Densité et grâce : Il arrive que la rencontre d’un cinéaste avec un acteur soit miraculeuse. Elle l’est ici. Adriano Tardolio qui interprète Lazzaro subjugue du début à la fin, en faisant très peu, en enfièvrant la plupart des situations. Son regard juvénile chargé d’une infinie tendresse, sa démarche un peu raide, sa parole hésitante, apportent au film une densité et une grâce qui n’ont rien de banal. On sent à travers les images frémissantes qu’Alice Rohrwacher n’en revient pas elle-même de ce qu’elle a favorisé. L’étonnement l’a gagnée elle aussi.


aff-lazzaro-it La Marchesa Alfonsina de Luna possiede una piantagione di tabacco e 54 schiavi che la coltivano senza ricevere altro in cambio che la possibilità di sopravvivere sui suoi terreni in catapecchie fatiscenti, senza nemmeno le lampadine perchè a loro deve bastare la luce della luna. In mezzo a quella piccola comunità contadina si muove Lazzaro, un ragazzo che non sa neppure di chi è figlio ma che è comunque grato di stare al mondo, e svolge i suoi inesauribili compiti con la generosità di chi è nato profondamente buono. Ma qual è il posto, e il ruolo, della bontà fra gli uomini?

Come saprà risorgere questo Lazzaro per continuare a testimoniare che il bene esiste, e attraversa le vicende umane senza perdere la propria valenza rivoluzionaria?

Alla sua terza regia Alice Rohrwacher fa intraprendere al suo protagonista, e alla comunità che lo circonda, un cammino che è anche il proprio, all’interno di un cinema che deve molto a Olmi e Zavattini ma continua a spingersi oltre lungo un terreno che frana e si modifica continuamente sotto i suoi (e i nostri) piedi. Non è facile tenerle dietro mentre attraversa un’arcadia senza tempo che è anche un microcosmo di sfruttamento, dove il lupo è assai più giusto e buono dell’essere umano che lo teme. Il suo linguaggio parte da atavico e diventa postmoderno, racconta un vento che soffia senza tregua per spazzare via la protervia del potere e uno sputo nel piatto dell’ingiustizia sociale senza per questo negare che il Bene e il Male percorrono il tempo senza cambiarlo, riproponendosi all’infinito.

La fionda che Tancredi, il figlio della Marchesa, regala a Lazzaro è come la cinepresa per Rohrwacher, ben consapevole della sua pericolosità: Alice si piazza sempre in medias res, fra le foglie di tabacco, dentro ai letti disfatti dei contadini, dietro lo sguardo puro del suo protagonista. Lazzaro è un’occasione come lo è il cinema di Alice Rohrwacher, che è tutto finto, nel senso di reinventato e ricreato, ma conserva radici profondamente reali, italiane prima che universali, rurali piuttosto che bucoliche.

 Il suo percorso creativo richiede un’attenzione che il grande pubblico forse non le tributerà, ma non abbiamo dubbi che lei continuerà a camminare sul filo e a cercare, anche a tentoni. Il suo cinema è libero, destrutturante, girovago: e per questo merita di essere seguito, anche quando (o forse proprio perchè), come nel caso di Lazzaro felice, appare non a fuoco e non risolto.

Se il suo film precedente parlava del meraviglioso, Lazzaro felice racconta « la santità dello stare al mondo senza miracoli, senza poteri o superpoteri », esprimendosi in una lingua della quale la stessa Rohrwacher non conosce fino in fondo gli stilemi, ma che cerca di imparare immaginandosela, spingendo anche noi (seppur recalcitranti) a fare altrettanto.

Lazzaro cammina felice – e in qualche modo indenne – in mezzo a inganni grandi e piccoli portando la sua verità senza giudicare nessuno. E crede senza l’obbligo di convincere, crede ancora nella fondamentale bontà dell’uomo, della quale non chiede mai prova perchè ne è lui stesso conferma.

Recensione di Paola Casella lunedì 14 maggio 2018


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